• Sandrine Dumazer

La gratitude


Le concept de gratitude


Les origines latines du terme gratitude, gratia et gratus renvoient respectivement à l’idée de faveur et de plaisir. Depuis, les différents emplois de ce terme demeurent toujours liés à des notions positives de générosité, de gentillesse et de don sans attente de retour (Emmons & Stern, 2013).

Bien que les recherches sur la gratitude en psychologie soient assez récentes, ce concept a fait l’objet de nombreuses définitions et peut notamment être conçu comme une vertu, ou une émotion (Emmons, & McCullough, 2004). En effet, au cours de l’histoire et à travers les cultures, la gratitude est considérée comme une disposition humaine à la fois basique et désirable (Emmons & Mccullough, 2003).

La gratitude en tant qu’émotion provient, quant à elle, d’une sensation de bien-être liée à une récompense ou à un cadeau reçu et non mérité, ou du moins, non recherché. (Froh, Sefick & Emmons, 2008). Elle est, selon Lazarus et Lazarus (1996) une émotion empathique, dans le sens où elle génère une capacité à éprouver de l’empathie vis-à-vis des autres. Elle est également vue comme une émotion positive qui implique une tendance à l’action, encourageant celui qui l’éprouve à distribuer à son tour un peu de la bonté qu’il a lui-même reçue des autres (Mccullough, Tsang & Emmons, 2004). Elle promeut alors des actes de réciprocité et peut, par conséquent, être considérée comme une émotion interpersonnelle (Tsang, 2006a, 2007).

Bien plus qu’une émotion, si l’on s’appuie sur le classement des différents niveaux d’affects hiérarchisés par Rosenberg (1998), la gratitude peut également être appréhendée comme une humeur et un trait de personnalité.

Les humeurs, bien que constituant, avec les émotions, des états transitoires, sont plus subtiles que ces dernières et plus durables (Rosenberg, 1998). De ce fait, les humeurs entraînent des processus cognitifs et physiologiques plus significatifs que les émotions. Ainsi, les divers effets bénéfiques présumés de la gratitude tels que le fait d’être moins sujet au stress ou d’être plus serviable, seraient davantage dus à une humeur qu’à une émotion (Mccullough, Emmons & Tsang, 2004).

Les traits de personnalité occupent, dans l’organisation hiérarchique des processus affectifs de Rosenberg (1988), la plus haute position, devant les humeurs et les émotions tant par leur durée que par leur prégnance dans la conscience. Envisagée comme un trait de personnalité, la gratitude, qu’elle soit qualifiée de dispositionnelle ou nommée orientation reconnaissante (Shankland, 2009), se définit non plus comme un état, mais comme une disposition à réagir aux différents événements du quotidien par des émotions positives. Elle est ainsi fortement corrélée au bien-être subjectif (Shankland & Martin-Krumm, 2012) et se caractérise par quatre facettes : l’intensité de la gratitude, la fréquence d’apparition de cette émotion, l’étendue, à savoir le nombre de circonstances au cours desquelles l’individu a éprouvé de la gratitude et la densité qui renvoie, quant à elle, au nombre de personnes envers lesquelles l’individu se sent reconnaissant (Mccullough, Emmons & Tsang, 2002).

Les effets de la gratitude sont nombreux. Qu’elle soit un état (émotion, humeur) ou dispositionnelle (trait de personnalité), la gratitude a été identifiée comme ayant une influence positive sur le bien-être non seulement physique et psychologique mais social également. Elle est par ailleurs corrélée à une optimisation du fonctionnement biologique, relationnel et culturel de l’individu (Emmons & McCullough, 2004). Ainsi, bien qu’elle génère des bénéfices personnels à l’individu, la gratitude demeure, dans ses fondements, une émotion profondément pro-sociale et tournée vers autrui (Tsang, 2006a).

La gratitude et les relations intergroupes

Les individus sont susceptibles d’expérimenter la gratitude lorsqu’ils attribuent à un bienfait reçu une certaine valeur, et qu’il a été donné de façon purement intentionnelle, gratuitement, c’est-à-dire sans contrainte. Il s’agit de même que ce bienfait soit perçu comme étant précieux pour le donateur (Tsang, 2006b).

Ainsi, et de manière générale, la gratitude fait référence à un échange interpersonnel, lorsqu’un individu est amené à éprouver de la reconnaissance envers un bienfaiteur. Le fait de donner, recevoir, et de distribuer à son tour les bienfaits reçus, constituent des actes courants de la vie humaine. Dans ce cadre, la gratitude contribue à réguler et à affirmer les relations humaines (Emmons & Stern, 2013). L’idée selon laquelle la gratitude influence les relations interpersonnelles a d’ailleurs été observée dès les premières recherches sur le sujet. En effet, il a été montré que les individus qui ont été amenés à éprouver de la gratitude suite à l’octroi d’un bénéfice, sont plus susceptibles d’adopter par la suite des comportements pro-sociaux (Graham, 1988).

La gratitude aurait même des effets curatifs dans le sens où elle est, par nature, fondamentalement relationnelle : un individu la ressent parce qu’une autre personne l’a estimé, valorisé, ce qui l’encourage, en retour, à exprimer à son bienfaiteur de l’amour ou de la tendresse (Emmons & Stern, 2013). Elle devient alors le lien clef dans la dynamique impliquant le fait de donner et de recevoir (Emmons & Mishra, 2010).

D’autre part, la gratitude génère non seulement des comportements pro-sociaux, mais les renforce et les motive. Certaines expressions de gratitude, comme le fait de dire merci à un bienfaiteur, augmentent en effet la probabilité que ce dernier se comporte à nouveau de façon généreuse avec autrui dans le futur (Mccullough et al., 2001).

De par son aspect universel et le fait qu’elle soit relativement indépendante du langage – Darwin avait lui-même constaté des phénomènes de gratitude chez les primates –la gratitude semble avoir évolué de façon à faciliter, voire à stimuler les échanges sociaux, et notamment l’altruisme réciproque (Mccullough, Kimeldorf & Cohen, 2008).

L’ensemble des recherches sur la gratitude a mis cependant en situation des sujets reconnaissants et des bienfaiteurs faisant partie d’un même endogroupe. De ce fait, les effets positifs de la gratitude n’ont donc pas été observés entre participants appartenant à des groupes distincts, caractérisés par des différences individuelles spécifiques (Emmons & Mishra, 2010). Or, la seule présence de groupes distincts suffit à déclencher des comportements discriminatoires (Tajfel et al. ,1971). Il s’agirait que des recherches dans ce sens sont poussées plus avant.

Jean Philippe Roussac

Psychologue à Loriol du Comtat

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