• Sandrine Dumazer

La dépendance affective


LA DÉPENDANCE AFFECTIVE

Le terme de « dépendance affective » fait l’objet d’une certaine vulgarisation auprès du grand public. Norwood est l’un des premiers à l’aborder spécifiquement dans son ouvrage Ces femmes qui aiment trop (1986). Pour autant, les hommes sont également concernés.


DÉFINITIONS

Fin des années 90, la dépendance psychique pathologique est vue comme renvoyant à des caractéristiques propres à l’enfance qui persistent à l’âge adulte (dont un déficit dans la capacité à se séparer facilement ; dans l’établissement d’une réelle identité personnelle ; dans la confiance en ses capacités).

Plus tard, ce concept est décomposé en deux dimensions : l’angoisse affective et la dépendance à l’autre qui associe une faible estime de soi et le besoin de conseils et de réassurance.

Enfin, la dépendance serait sous-tendue par une vision négative de soi-même caractérisée par 4 composantes:

-motivationnelle : besoin d’être guidé et approuvé ;

-cognitive : perception de soi comme peu efficace ;

-affective : angoisse face à l’autonomie ;

-comportementale : tendance à rechercher de l’aide.

DU NORMAL AU PATHOLOGIQUE

Personne ne semblerait pouvoir s’affranchir totalement d’un certain besoin relationnel d’amour et d’admiration. Les individus se montrent tour à tour fragiles, séducteurs, aidants... sans pour autant que l’on tombe dans un comportement pathologique.

Quid alors des individus qui ont une base interne de sécurité insuffisante, une « vulnérabilité héritée du passé » ?

D’une part, ressentir un manque affectif procure un manque d’amour de soi et la peur de ne pas être aimé. D’autre part, ressentir un manque de valorisation procure la peur de ne pas être capable, de ne pas faire bien. Ces ressentis peuvent résulter du propre comportement des parents, d’une fausse impression basée sur l’hypersensibilité de l’enfant ou d’une pathologie relationnelle entre la personne et son entourage. Si quelqu’un présente cette vulnérabilité, cette dernière peut s’exprimer sur un plan pathologique, et ce d’autant que s’ajoutent des facteurs fragilisants (conflits relationnels, ruptures, handicap, deuil…) : la personne n’arrive plus alors à colmater ses manques en maniant souplement ses mécanismes de compensation externes. Elle devient dépendante, même si cela lui est préjudiciable. C’est le signe de la pathologie de la dépendance, puisque l’individu est assujetti, aliéné à cet objet humain ou matériel. Il perd sa liberté.

Le terme de « dépendance affective » entretient une confusion, puisqu’il fusionne les concepts d’angoisse affective et de dépendance à l’autre.

L’ANGOISSE AFFECTIVE

Il s’agit d’une angoisse, d’un sentiment désagréable de peur et de tension qui surgit lors des frustrations affectives. Certains patients décrivent des sentiments de vide, de manque, d’abandon, de perte du sentiment d’être soi (perte identitaire). Cette angoisse est liée à deux pensées automatiques. La première est : « Je ne mérite pas d’être aimé » Dans ce cas, la personne a peu d’amour de soi et ne se respecte pas. La seconde est : «On ne m’aime pas ». Ces pensées automatiques amènent des interprétations fausses de la réalité et des schémas cognitifs dysfonctionnels. La personne ne retient que les éléments qui valident sa peur. La relation à l’autre n’est donc jamais pleinement sécurisante, mais de type anaclitique. La personne cherche à se soulager de différentes façons de ce mal-être : utilisation de la relation, des toxiques ou de certains comportements. Là aussi, la dépendance s’installe rapidement, d’autant plus qu’une dépendance physique peut se surajouter. Si la personne présente constamment ce fonctionnement de façon intense, on peut évoquer le trouble de la personnalité de type état limite ou border line.

LA PEUR DE NE PAS ETRE CAPABLE

La personne présente une peur associée à la pensée automatique suivante : « Je ne suis pas à la hauteur, je suis nulle ». En conséquence, plusieurs réactions peuvent s’observer : La personne peut accepter l’idée de ne pas être capable. Elle se sent en insécurité et a peur d’affronter le monde. C’est par ce biais que la personne entre dans la dépendance à l’autre. Elle recherche une personne, une institution (hospitalophilie) capable de la sécuriser, de pallier ses carences supposées. Pour établir et garder le lien avec cette personne, elle est prête à la soumission et à l’inacceptable (violences physiques et humiliation chez les femmes battues). Si la personne présente constamment ce fonctionnement de façon intense, on peut évoquer le trouble de la personnalité de type dépendante : « Vision de soi même comme faible qui pousse le sujet à s’engager dans des comportements actifs ou passifs pour maintenir la relation protectrice ».

Mais le chemin de la dépendance à l’autre n’est pas le seul possible chez ces personnes qui souffrent d’un manque de confiance en leurs capacités. Là aussi, les personnes habitées par ce sentiment mettent en place des mécanismes pour répondre à leur besoin de valorisation étayant leur manque interne. Elles se réfugient dans des domaines où elles sont reconnues et compétentes. Elles en font « des tonnes ». Elles tentent de contrôler leur environnement pour ne jamais être prises au dépourvu. L’hyperactivité, le perfectionnisme et le besoin de contrôle rendent compte de leur besoin impérieux de compensation. On entre dans la pathologie quand, par exemple, la vie professionnelle efface la vie familiale (work addict), quand la vie virtuelle efface la vie réelle (cyberdépendance).

TYPOLOGIE DES DIFFÉRENTES DÉPENDANCES AFFECTIVES

LES DÉPENDANCES SYMBIOTIQUES : Ces personnes se sentent bien, uniquement dans la mesure où une autre personne leur accorde de la considération. Elles sont dépendantes à une relation aimante, valorisante ou protectrice. Ce qui signe la dépendance, c’est l’aliénation de l’individu à cette relation. Il existe des dépendances type « cordon ombilical » envers les parents, les enfants, les soignants et les animaux. Dans sa forme passive, ces personnes, inertes et angoissées dans la solitude, reprennent vie quand quelqu’un les « anime ». Elles sont dans l’attente passive d’un « sauveur ». Elles savent attirer l’attention, la pitié, la protection. L’autre n’existe pas en tant qu’individu à part entière, mais devient un objet de réassurance (relation anaclitique). Dans sa forme active, la personne n’attend pas passivement un sauveur, mais au contraire se montre particulièrement active pour séduire, charmer, susciter l’admiration. Cela ne change rien dans le fond, elle est dépendante à une relation aimante et valorisante. Certains racontent des histoires (mythomanie), d’autres font leur autopromotion, affichent leurs compétences ou leurs pouvoirs. D’autres, « femmes fatales » et autres « donjuans » multiplient les conquêtes. Cette description se rapproche du trouble de la personnalité de type histrionique : « Le sujet se sent mal à l’aise s’il n’est pas le centre d’intérêt d’autrui ».

LES DÉPENDANCES SYMBIOTIQUES : sous-type des dépendances de type « sauveur » : Ces personnes s’attribuent une valeur, une utilité, en aidant et en se positionnant comme responsables de quelqu’un d’autre. Elles veulent faire le bien, faire plaisir. Elles se mettent au service des autres et se sacrifient en négligeant leurs intérêts.

LES DÉPENDANCES STEREOTYPIQUES : Ici, la personne se sent valorisée et reconnue dans la société en adoptant certains codes, en renvoyant une image choisie d’elle-même. Elle accorde une grande importance à son apparence, ses possessions et son statut social. Ces dépendants sont soumis aux dictats de la mode et aux sirènes de la société de consommation. Certaines personnes ne peuvent s’empêcher de faire des « UV » au péril de leur santé. D’autres (fashion-victims) ne peuvent s’empêcher de dévaliser les boutiques en se précipitant vers le surendettement. Nous avons tous vu ces visages de stars ou d’inconnues, liftées et siliconées qui multiplient à l’excès les actes de chirurgie esthétique.

LES CONTRE-DÉPENDANCES : Ce trouble est déroutant, tant au premier abord ces patients semblent autonomes. Ils valorisent leurs besoins et leurs intérêts, les affirment. Cependant, ils essuient en série des échecs amoureux ou professionnels, répétant un comportement où l’affirmation de leur indépendance et de leurs capacités joue un rôle-clé.

Versaevel, C. (2011). La dépendance affective et la psychiatrie: une mésentente. L'Encéphale, 37(1), 25-32.

Jean Philippe Roussac - Psychologue - Loriol du Comtat


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