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L’addiction amoureuse existe-t-elle ?

« L’amour est comme la fièvre, il naît et s’éteint sans que la volonté y ait la moindre part » Stendhal, De l’Amour


L'addiction amoureuse existe-t-elle ?

Les relations entre l’amour passionnel et l’addiction sont discutées depuis longtemps. Il convient de distinguer la « passion amoureuse » (état universel et nécessaire aux êtres humains, se traduisant par une intense motivation et un besoin impérieux de l’autre – l’objet d’amour), et ce que nous pourrions définir comme « l’addiction amoureuse » (conceptualisation d’un trouble, d’une pathologie, caractérisée, au-delà de l’attirance et du besoin pour l’autre, par des modalités problématiques des relations amoureuse entraînant une détresse significative et la persistance du comportement malgré la connaissance de ses conséquences néfastes).


Les avancées récentes de la neurobiologie permettent de réexaminer les relations entre ces deux états.


Attention : ne pas confondre « addiction amoureuse » et addiction sexuelle » : dans l’addiction sexuelle, schématiquement, le partenaire est interchangeable et la motivation consiste principalement à apaiser la tension sexuelle. Dans la passion amoureuse et dans l’addiction amoureuse, le plaisir et la souffrance, la motivation et la récompense dépendent de l’objet d’amour et sont médiés par la relation émotionnelle ; c’est le plaisir lié à l’émotion qui est la récompense principale.

Passion destructrice = addiction

Il est difficile de tracer une frontière entre le normal et le pathologique pour le plus universel des sentiments : plus de 90 % des humains ont souffert d’être rejetés et ont connu le manque, le vide, le besoin. Du lien hédoniste au trouble addictif, le glissement est difficilement perceptible : on pourrait parler d’addiction lorsque l’envie est devenue besoin, et lorsque la souffrance prend le pas sur le plaisir, quand le manque devient prééminent, quand on continue alors que la raison voudrait que l’on arrête, malgré l’humiliation, la honte et les conséquences néfastes. Insidieusement, le sujet éperdument heureux a basculé dans la douleur, en a supporté un peu, puis davantage, jusqu’à devenir l’esclave d’une relation qui lui apporte désormais plus de souffrance que de plaisir. L’Autre est devenu « sa drogue », « une drogue dure », « sa came », il y est « accroché », il ne peut pas « décrocher », il fait des « crises de manque ».


Un type de relation amoureuse inadapté, entraînant des altérations ou une détresse clinique significative, se manifeste par 3 (ou plus) des critères suivants (survenant simultanément dans une période de 12 mois pour les cinq premiers critères) :


1) existence d’un syndrome de sevrage caractérisé, en l’absence de l’être aimé, par une souffrance importante et un besoin compulsif de l’autre ;


2) temps considérable consacré à cette relation ;


3) réduction importante des activités sociales, professionnelles ou de loisirs ;

4) désir persistant ou efforts infructueux pour réduire ou contrôler cette relation ;

5) poursuite de la relation malgré l’existence de problèmes créés par cette relation ;

6) existence d’un trouble de l’attachement, se manifestant par :

a) soit par la répétition de relations amoureuses exaltées sans périodes d’attachement durable ;

b) soit par la répétition de relations amoureuses douloureuses, caractérisées par des attachements insécures.


Tout le monde peut expérimenter une relation amoureuse addictive :

dans la mesure où tous les êtres humains sont programmés pour vivre la passion amoureuse, tout le monde connaît les affres du manque et peut expérimenter la longue souffrance de l’addiction.


Certains sujets sont plus particulièrement concernés par des relations addictives.

Il s’agit donc de sujets :


soit à la recherche répétée de cet état extraordinairement agréable, mêlant une exacerbation des sensations, des émotions et des sentiments et une exaltation des plaisirs. On retrouve là une véritable addiction aux sentiments amoureux entraînant les comportements de Don Juan, des grands séducteurs (ou séductrices) ;

• ou à l’inverse, en espérant retrouver l’apaisement de la souffrance et d’un mal-être sous-jacent.

Il s’agit là de sujets particulièrement vulnérables et souffrant d’une dépendance affective structurelle. Pour eux, la plupart ou toutes les relations amoureuses sont marquées du sceau de la souffrance et du manque. Ils semblent rechercher systématiquement une relation douloureuse. On trouve là des sujets souffrant de modalités d’attachement insécure. Rappelons que ce type d’attachement est essentiellement lié à des relations mère/enfant perturbées.


Des études humaines et animales suggèrent que les régions cérébrales (c’est-à-dire insula, cingulum antérieur, cortex orbitofrontal) et les neurotransmetteurs (en particulier la dopamine) impliqués dans la dépendance aux substances le sont également dans la passion amoureuse (il en est de même pour le jeu pathologique). L’ocytocine, impliquée dans l’attachement et la mise en couple, est également un facteur des dépendances aux substances.


L’étude comparée de la passion amoureuse, de l’addiction amoureuse et des addictions aux produits pourrait nous aider à approfondir ces données et à mieux comprendre ces états , voire à développer des stratégies thérapeutiques. Là encore, aujourd’hui, l’absence de définition précise ne permet pas d’évaluer avec une méthologie acceptable les traitements pharmacologiques, notamment ceux utilisés ou en essai dans les addictions aux substances, ou comportementales.


En revanche, la prise en charge du désespoir et du manque amoureux a été largement théorisée par les psychothérapeutes. Certains proposent d’évaluer les caractéristiques de la relation pathologique (relation à sens unique, vouloir changer de partenaire, recherche de partenaires non disponibles, vision erronée de l’avenir de la relation) de faire une balance décisionnelle et de fixer des objectifs : être capable de mettre un terme à une relation insatisfaisante, supporter une séparation, éviter de rechuter (stratégies similaires aux autres addictions : ne pas reconsommer, éviter les situations souvenirs ou gachettes, renforcer l’estime de soi, gestion des émotions…). Enfin, si nécessaire, un travail plus approfondi sur les modalités d’attachement et sur la structuration de la personnalité pourrait être entrepris. Des études cliniques et scientifiques complémentaires sont subséquemment nécessaires pour améliorer la compréhension et le traitement de ces états.


Jean Philippe Roussac - Psychologue Loriol du Comtat


Pour aller plus loin : Reynaud, M. (2010, September). L’addiction amoureuse existe-t-elle ?. In Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique(Vol. 168, No. 7, pp. 516-523). Elsevier Masson.

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